Saturday, May 25, 2013

 

Pas si simple d'être philosophe juive dans le monde de 1961.

LA TACHE EICHMANN À LA BANNIÈRE SIONISTE.

Il est intéressant de se tourner vers cette intellectuelle juive réfugiée à New York dans une université américaine et qui enseigne la philosophie qu’elle a étudiée avec Martin Heidegger, un philosophe intéressant qui n’a pas su, ni voulu j’imagine, prendre ses distances d’avec Hitler et s’est laissé sans résistance récupérer par le national socialisme. Hannah Arendt, juive allemande, réfugiée en France dans les années 1930 mais raflée par les Français en 1940, a réussi à fuir et échapper à la déportation grâce à un visa américain arrivé miraculeusement pour elle et son mari. Le film ne montre que peu de la jeunesse de cette femme, quelques souvenirs d’étudiante, sa liaison avec Heidegger dans l’entre-deux-guerres, et quelques vagues souvenirs pas toujours très clairs et très fragmentaires sur la période nazie. Il eût été intéressant d’en montrer plus.

Le film se concentre sur la courte période du procès d’Eichmann en Israël en 1961 qu’elle couvre pour le New Yorker, à sa propre demande. Plutôt que de couvrir de façon factuelle ce procès, elle en fait une longue réflexion philosophique qui l’amène à parler de choses apparues dans le procès mais qui vont soulever une vraie campagne de haine et même de rétorsion.


Essayant de comprendre Eichmann elle réfléchit sur ce que l’on doit retenir contre un homme qui a commis des actes criminels. Non pas le système qui le manipule, mais sa réelle responsabilité alors qu’il n’a fait qu’obéir à des ordres. Elle défend la thèse qu’il a perdu, en n’étant qu’un bureaucrate obéissant, sa capacité à penser, à discriminer le bien du mal. Il s’est interdit – mais elle va plus loin en affirmant qu’il a perdu et non abandonné – sa qualité d’homme et donc sa responsabilité pour les actes criminels qu’il commet sur ordre. Elle s’oppose à la peine capitale, ce qui en son temps est courageux, mais elle semble blanchir cet homme qui a dirigé Auschwitz avec une efficacité phénoménale. Mais puisqu’il ne faisait que suivre des ordres, ce n’était pas lui le diable mais il n’était que le pion du diable. Comme Corneille le dit si bien : « Que voulez-vous qu’il fît ? Qu’il mourût. » Mais cette hypothèse est exclue pour ce fonctionnaire dans la logique de Hannah Arendt, bien qu’il se soit arrangé à prendre la fuite avant d’être arrêté par les alliés, ou plutôt les Russes qui ne prenaient pratiquement plus de prisonniers à ce moment là, en 1945. Comme quoi il savait qu’il commettait des crimes.

Mais elle révèle quelque chose qui à l’époque fit très mal : le fait que les Juifs étaient très organisés en Europe et que les dirigeants des communautés juives collaborèrent pour que la déportation et donc l’extermination, se fassent dans le plus grand ordre possible et non dans le chaos anarchiste que cela aurait été sans eux. Elle les accuse donc d’avoir collaboré à l’extermination des Juifs. Mais le film hélas est silencieux sur les détails. C’est donc une accusation en l’air. La réalisatrice aurait été plus pertinente, j’entends le film aurait été plus pertinent, si elle avait dit par exemple le fait que les trains de la déportation étaient payés par les Juifs eux-mêmes qui payaient donc leur propre déportation. La communauté juive de Bordeaux paya pour les trains de Papon fournis par la SNCF de l’époque. Des faits de ce genre ne furent possibles que parce que les édiles de la communauté juive organisa cela pour éviter le pillage et la souffrance du chaos. Treblinka avait un orchestre juif qui jouait pour les fêtes juives et les moments festifs des « hôtes juifs » du camp.


Cela n’efface pas les réactions scandaleusement sectaires, sinon même extrémistes et intégristes, des universitaires Américains autour d’elle, des Juifs sionistes d’Israël, qui passent aux menaces, au chantage, à la vendetta y compris administrative et universitaire. Le film, d’un autre côté, montre en vis à vis de quatre ou cinq universitaires hostiles un amphithéâtre d’étudiants très favorables et unanimement favorables, ce qui semble excessif dans ce sens aussi : il ne pouvait pas y avoir une telle unanimité et les étudiants hostiles ne pouvaient pas avoir été tenus – par qui ? – à l’écart de cet amphithéâtre.

Autant ce qu’elle a dit sur les édiles juifs dans le cadre de la Shoah, avant, pendant et après celle-ci, est justifié mais manque d’éléments concrets dans le film, autant ce qu’elle dit sur Eichmann est pour le moins irresponsable car le plus servile de tous les fonctionnaires qui obéit à des ordres criminels est responsable de ses actes même commandés. La Charte Universelle des Droits de l’Homme reconnaît le droit pour chacun de refuser l’application d’un ordre qui va à l’encontre de ses convictions morales ou éthiques. On appelle cela l’objection de conscience, et avant 1945 le courage voulait que l’on dise non, que l’on prenne la fuite, que l’on passe dans la clandestinité ou la résistance, et au pire que l’on fasse ce que sa conscience dicte : « Que voulez-vous qu’il fît ? Qu’il mourût. » Ce serait trop facile autrement : on tue sur commande et c’est comme si on n’avait rien fait. Toutes les guerres donnent ce droit aux militaires mais à l’encontre d’autres militaires pas à l’encontre des civils.


Hannah Arendt errait dans une arrogance philosophique quand elle défendait le contraire et l’arrogance de ceux qui était de l’autre – ou plutôt des autres – bord(s) ne justifiait pas la sienne, même si cette arrogance administrative, sioniste, universitaire et d’autres encore n’avait et n’a toujours pas la moindre raison d’être, même si c’est un mal largement partagé par beaucoup de bureaucrates, d’universitaires, d’intellectuels, et bien sûr d’intégristes de quelque idéologie ou école que ce soit. Il est tellement plus simple pour un ministre de l’intérieur confronté à un mouvement de masse hostile d’interdire une manifestation ou de dissoudre une organisation alors qu’’il ne s’agit que d’une manifestation ou d’un mouvement qui déclare son hostilité à une mesure d’un gouvernement, ce qui est pour le moins le droit de chacun. Mais certains ne pensent pas comme cela dans leur arrogance du pouvoir : on a été élu sur un programme, donc on l’appliquera contre vent et marée, et « c’est bien à notre tour de profiter de notre majorité ». J’ai lu cela sur un débat sur Google+ depuis trois ou quatre jours concernant le mariage pour tous.

Le monde n’a vraiment pas tellement changé dans la tête de certains pour qui la politique est un jeu de pouvoir et non un travail de consensus.


Dr Jacques COULARDEAU 



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